Prolongations
Une certaine nostalgie du football populaire
Cette série prend place au bord des terrains de football que j’ai parcourus au gré du temps. Sous forme de tours de terrain, en moins fastidieux, j’ai guetté le moindre détail qui puisse faire mouche, à la recherche d’une sensation connue, d’un souvenir accumulé durant ces nombreuses années de pratique. Un championnat qui se joue uniquement à l’extérieur où je retrouve pourtant, à chaque rencontre, un élément familier.
Sans me rendre compte, l’ensemble de mes photographies ont été prises durant l’été ou l’hiver. A l’intersaison ou durant l’entre-deux-tours. Instinctivement, il y avait une volonté de souligner une sensation de hors-temps, de vide, de fin. C’est également la raison pour laquelle l’humain n’est pas présent. J’ai souhaité développer ce projet par le négatif. L'absence. L'après. Quand une époque prend fin. Que les autres ne sont plus là. Que reste-t-il ?
C’est pourquoi le football – amateur – n’est en réalité pas le seul thème de cette série. C’est une manière pour moi d’évoquer d’autres thèmes plus communs tels que la nostalgie et de ce qui peut constituer notre madeleine de Proust. Un mot, un geste, une personne, un objet, une odeur qui fait revenir un souvenir à la mémoire.
Le football a fait partie de mon quotidien pendant près de vingt ans. Il a rythmé mes semaines, il a occupé mes soirées ou mes weekends, il a envahi mes pensées, il a bâti un pan de ma personnalité. Pour soudainement s’effacer au gré du temps. Relégué aux seconds rôles d’une vie devenue trop sérieuse, trop adulte. Inconsciemment, j’y évoque le deuil et l’exil d’une période révolue.
Ce ressenti a une certaine influence sur la séquence des images. Tout comme ces souvenirs et ces pensées nostalgiques qui surgissent de manière passagère et volatile dans nos têtes, les images sont disposées de manière chaotique, sans véritable fil rouge.
Réaliser un projet photographique sur le football populaire, celui que j’ai côtoyé si longtemps, n’est pas anodin. Lier ce médium et ce sport, c’est lier deux parties de ma vie. Ainsi, j’exprime des émotions et des sensations là où les mots ne suffisent pas. Je reviens sur une période de ma vie, je l’interroge et, finalement, je comprends. Je comprends la finalité de ce travail. Il représente les prolongations. Cette période de jeu supplémentaire qui vient allonger le temps d’un match pourtant bien terminé.